Dominique Philibert

Il y a trois ans et demi, le 27 mai 2010, Dominique Philibert mettait au monde la petite Maélie. Un accouchement difficile, marqué à jamais dans l’esprit de la jeune femme et surmonté grâce à l’appui de Doris, une infirmière francophone.

C’était le 27 mai 2010, Maélie n’était pas encore née, mais entendait bien faire son apparition dans le monde. Pourtant pour elle, l’entrée n’allait pas se faire en douceur. « Tous les accouchements sont extraordinaires, tous sans exception, souligne Dominique Philibert. Mais pour certains, il y a des complications… »

Un tournant inquiétant

Nous sommes le 26 mai 2010, à 11 h, la jeune femme perd les eaux, signe que son premier enfant va enfin voir le jour. Douze heures plus tard, le travail ne commençant toujours pas, les médecins n’ont d’autres solutions que de provoquer l’accouchement afin de prévenir les risques d’infection. « Ça a été brutal, confie Dominique Philibert. Le liquide que l’on m’a injecté a engendré des contractions toutes les 45 secondes. Et ça a duré cinq heures. » À cinq heures du matin le 27 mai, la jeune femme, épuisée et meurtrie, ne présente pourtant toujours pas les signes avant-coureurs d’un accouchement. Après une épidurale, la future mère commence à se détendre, son conjoint Dan peut se reposer, la douleur est partie. Pourtant à 14 h, la situation tourne à la catastrophe. La jeune femme pousse, mais son bébé s’est déplacé dans son ventre. La petite Maélie est désormais à l’horizontale, coincée entre les deux hanches de sa mère. Le bébé est épuisé, son cœur s’affole… Il est en danger de mort. Une césarienne en urgence s’impose. 

Un dénouement heureux…

« Sur la table d’opération, je luttais uniquement pour rester éveillée, se souvient Dominique Philibert. Cela faisait plus de 24 heures que j’essayais de mettre au monde cet enfant et je voulais la voir, je voulais entendre ses premiers cris, quoiqu’il arrive. » À quatre mains, l’équipe chirurgicale est enfin parvenue à débloquer la petite fille… En parfaite santé. Aucune lésion, aucune déficience cardiaque, un petit miracle. « Quand les médecins ont sorti Maélie, ils n’en revenaient tout simplement pas, se souvient Dominique Philibert. Plus tard l’obstétricien en chef m’a confié qu’il s’attendait à tout sauf à un bébé en parfaite santé. Et, qu’il y a 50 ans, nous serions décédées toutes les deux ma fille et moi. »

… qui n’aurait pu se faire sans un accompagnement en français

« Ce n’est qu’à ce moment que j’ai réalisé ce que nous avions traversé Maélie et moi, confie Dominique Philibert. Parce que pendant tout le temps de l’accouchement, je me suis sentie en sécurité, prise en charge. J’aurais pu paniquer, mais Doris était là. » Doris. Une infirmière qui aurait dû terminer sa journée de travail trois heures avant la fin de l’accouchement mais qui a choisi de rester veiller sur sa patiente. Doris qui était là sans que rien lui ait été demandé. Doris, qui savait parler français. 

« En s’exprimant dans ma langue maternelle, Doris est parvenue à m’apaiser, explique Dominique Philibert. Tout au long de cette aventure, elle m’expliquait ce qu’il se passait, clairement, en m’expliquant chaque fait les uns après les autres. Or quand tu es dans cette situation, droguée, épuisée, inquiète, rien n’est plus réconfortant que d’avoir auprès de toi une spécialiste directement compréhensible. Tu es tellement vulnérable que ton cerveau ne se sent plus capable de faire le moindre effort. Il faut que la communication soit facile, naturelle.

« Au fond, toute cette opération a été dans la relation humaine, conclut-elle. Les circonstances ont été dramatiques, mais l’expérience extraordinaire. »