Jean-Marc Ousset

Québécois d’origine, Jean-Marc Ousset avait rapidement su trouver sa place au sein de la communauté winnipegoise, à son arrivée il y a une vingtaine d’années déjà.

Celui que chacun considérait comme une des grandes voix de Radio-Canada Manitoba, père de deux enfants et sportif aguerri, ne se doutait pas une seconde du tournant qu’allait prendre sa vie en avril 2010. La date de l’incident. Celui qui allait marquer sa vie à l’encre indélébile.

Jean-Marc Ousset est brillant et a toute la vie devant lui. Seule ombre au tableau : des anomalies cardiaques et sanguines à répétition. Raison pour laquelle, en avril 2010, l’animateur passe trois journées à l’hôpital afin de déceler les sources de ses troubles physiques. Au cours de la dernière soirée, c’est pourtant un évènement aussi brutal qu’inattendu qui le frappe : un accident vasculaire cérébral (AVC).

Âgé de 53 ans, Jean-Marc Ousset plonge dans un coma profond, vacillant dangereusement entre la vie et la mort. Une situation à la limite du supportable, pour lui comme pour ses proches, qui durera plus de trois semaines. Trois semaines marquées par les efforts ininterrompus de l’équipe de soins intensifs du Centre des sciences de la santé (HSC) afin de l’empêcher de sombrer définitivement. Trois semaines d’angoisse, de souffles coupés et de battements de cœurs ratés. Jean-Marc est parvenu à passer au travers tout ça. Il est parvenu à revenir d’un état absolument critique. Sans le soutien de ses proches et son courage personnel, il ne s’en serait probablement jamais sorti. Très peu parmi nous auraient été capables d’effectuer un tel tour de force.

Au centre de la thérapie : le besoin du français

Lorsqu’enfin, la vie de Jean-Marc Ousset n’est plus en danger immédiat, l’incident ne lui laisse aucun répit. En effet, c’est un nouveau combat qu’il s’agit de mener : celui contre les séquelles de l’AVC. Jean-Marc avait repris connaissance, mais n’était pas capable de réagir et de parler. Sa frustration était amplifiée par le fait de ne pas pouvoir communiquer avec le personnel anglophone dans sa langue maternelle, le français.  Jean-Marc comprend parfaitement l’anglais, mais dans un état comme le sien, la langue maternelle demeurait la plus adéquate pour le guérir. Elle est la plus naturelle, celle qui nécessite le moins d’efforts. 

Un problème qui n’a fait que s’amplifier par la suite, lorsque Jean-Marc Ousset a quitté l’unité de soins intensifs pour débuter une phase de thérapie au Centre de santé Riverview. Là-bas, s’il se souvient encore du climat convivial, de la solidarité tissée entre chacun et des efforts honnêtes et sincères déployés par l’équipe médicale chargée de s’occuper de lui, un détail entachait le tableau : l’absence de français au quotidien. Orthophonistes, neurologue, physiothérapeute, aucun n’a pu s’exprimer dans sa langue maternelle pendant sa convalescence de juin 2010 à janvier 2011.

Il y avait constamment cette frustration d’être en face de personnes qui voulaient réellement aider Jean-Marc à réapprendre à parler, mais qui ne pouvaient le faire en français. Lorsque quelqu’un est malade, on devrait tout faire pour lui faciliter l’apprentissage. Or l’anglais rajoutait une difficulté supplémentaire à surmonter dans le cas de Jean-Marc qui s’exprime d’abord en français. Pour sa thérapie, communiquer avec lui dans sa langue maternelle aurait été une vraie valeur ajoutée. La langue c’est quelque chose de profond et de tellement fort. Elle fait partie de nous. Et pour Jean-Marc, le français c’est ses racines, la communauté franco-manitobaine c’est chez lui.

Malgré cet obstacle linguistique, la volonté de fer de Jean-Marc Ousset aura eu raison de son AVC. Environ deux ans après l’incident, il rentrait enfin chez lui. La détermination d’un patient était venue à bout de la convalescence. Il avait réappris à communiquer, réappris l’autonomie, réappris la vie. 

L’histoire de ce combat se conclut donc sur une note victorieuse. Mais l’amertume, elle, demeure. L’amertume envers un système incapable d’offrir le meilleur. L’amertume de constater qu’au sein d’un pays bilingue, les services en français demeurent hors d’atteinte. Avec Jean-Marc, le corps médical a fait preuve d’efforts incroyables. Il a sincèrement tout donné. Mais en matière de services en français, nous n’avons jamais pu obtenir ce que nous recherchions. Nous touchions là aux limites de ce que peut offrir le Manitoba.

Jean-Marc a toujours de la difficulté à s’exprimer. Ses amis Dawn et Robert ont aidé à remémorer ce chapitre dans sa vie.