Traiter les troubles cognitifs des francophones du Manitoba en français

La neuropsychologie pour les francophones du Manitoba : tout un défi.

Après dix années d’études et un doctorat de neuropsychologie en poche, Dre. Millikin exerce désormais ce qu’elle sait faire de mieux : évaluer les personnes potentiellement atteintes d’une maladie cognitive par l’étude de leur cerveau et de leurs comportements.

Depuis 2003, c’est à Winnipeg qu’elle consacre son temps et son énergie comme neuropsychologue dans le département de Clinical Health Psychology de l’Office régionale de la santé de Winnipeg (ORSW) et comme professeure adjointe à l’Université du Manitoba. Entre son travail clinique dans son bureau au Deer Lodge Centre, ses consultations dans les centres de soins longues durées, incluant Actionmarguerite et ses recherches sur les symptômes de la maladie d’Alzheimer, Dre. Milllikin a su développer une véritable expertise dans le domaine de la gériatrie.

Raison pour laquelle en novembre 2013, elle a contribué à fonder The Early Cognitive Change Clinic for Older Adults au sein de l’Hôpital Saint-Boniface (HSB). L’objectif? Examiner les aînés potentiellement atteints de troubles cognitifs légers et leur fournir les renseignements nécessaires afin de leur permettre de vivre au quotidien avec la maladie.

« Les troubles psychologiques ou neurologiques qui atteignent les personnes d’âge avancé sont de toutes sortes, explique Dre. Millikin. La plupart de mes patients ont une forme de démence telle que la maladie d’Alzheimer, un accident cérébral vasculaire ou un traumatisme crânien.

« Toutefois, diagnostiquer un trouble du cerveau est un exercice complexe, précise-t-elle. Entre l’état normal et la démence, la frontière n’est pas nette et beaucoup de personnes âgées se situent dans un entre-deux difficile à évaluer. »

La nécessaire prise en considération de la langue

Pour la neuropsychologue, détecter ce qui est de l’ordre de déficiences cognitives légères ou de véritable démence affectant les fonctions quotidiennes relève donc d’un travail minutieux. Travail qui nécessite une pleine compréhension du patient et de sa langue.

« Au début, lors des examens neuropsychologiques que j’effectuais pour mes patients, je bénéficiais des services d’un interprète car mon français n’est pas excellent, confie Dre. Millikin. J’ai d’ailleurs pu profiter de cours et d’ateliers fournis par l’ORSW qui a aussi traduit quelques formulaires que j’utilise. Mais récemment, j’ai pris la décision de rencontrer seul à seul mes patients francophones et la différence est évidente. Ils sont beaucoup plus à l’aise et moi-même beaucoup plus attentive à leurs réponses. »

Mais surtout, la neuropsychologie possède des singularités qui la distinguent des autres disciplines de la santé et qui rendent absolument nécessaire la compréhension pleine et entière de la langue des patients. Parce que chaque examen nécessite un travail sur la mémoire, la langue et la fonction visuo-spatiale, le neuropsychologue ne saurait se contenter de l’à peu près, d’une capacité incomplète à communiquer dans la langue du malade.

« En neuropsychologie on effectue des tests à partir de bases normatives, explique Dre. Millikin. Ces bases normatives permettent de déterminer si un individu est malade ou non. Cependant, pour certains tests linguistiques, cette base est changeante en fonction de la langue du patient. Par exemple, un test de fluence verbale qui mettra l’accent sur la lettre « p » en anglais devra mettre l’accent sur une autre lettre en français car les mots commençant avec la lettre « p » ne se retrouvent pas à la même fréquence dans les deux langues.

« En plus de cela, le langage des Franco-Manitobains possède des différences avec le français parlé dans les autres provinces et les autres pays, précise Dre. Millikin. Il peut donc y avoir des erreurs si l’on s’appuie sur des tests en français venus d’ailleurs. Le problème est qu’aujourd’hui, pas un neuropsychologue n’est en mesure de produire des évaluations propres aux Franco-Manitobains. C’est un problème pour les patients comme pour les étudiants franco-manitobains qui doivent nécessairement quitter la province pour étudier la neuropsychologie. »

Un problème, mais surtout un véritable enjeu pour l’avenir, puisqu’il s’agit d’assurer des soins complets et adaptés aux résidants francophones qu’abrite le Manitoba.